Qu'est ce que la parfumerie de "Niche"?

Avez-vous déjà entendu parler du parfum de niche? Tout le monde rêve d’avoir un parfum unique et différent. Or les parfums confidentiels, rares et exclusifs par définition, ont longtemps été un espace d’expression pour les amateurs en recherche de singularité. En effet, le terme “niche” détermine un marché de petite taille qui cible un public d’initiés. Depuis quelques années, cette catégorie connaît un succès considérable dans l’univers du parfum. Alors on a voulu vous en dire plus sur ses origines, ce qui la caractérise, et comment elle a transformé le paysage du parfum en France et dans le monde.


Retour en arrière : du parfum au parfum de niche

Pendant longtemps, le parfum fut réservé à une élite fortunée. C’était un véritable objet de luxe que parfumeurs créaient sur-mesure pour leurs clients privilégiés. Les essences rares et exotiques se mêlaient dans des concentrations capiteuses et étaient contenues dans de précieux flacons en cristal. D’ailleurs, c’est la passion de Louis XIV et des nobles à la cour de Versailles qui ont donné l’impulsion à la puissante industrie du parfum français.

Au XIX ème siècle, l’industrialisation et le développement de la chimie permettent une certaine démocratisation de la parfumerie. A l’époque, de grands chimistes créent de nouvelles molécules synthétiques révolutionnaires! Désormais, un parfum peut exprimer des idées de plus en plus abstraites. Le naturel ne contraint plus l’imagination des parfumeurs…

Par ailleurs, les chimistes trouvent aussi le moyen de reproduire des essences naturelles coûteuses, à moindre prix. Ainsi, le prix de fabrication du parfum baisse et la production augmente. Les parfums deviennent alors plus accessibles.



L’industrialisation du parfum


Mais revers de la médaille, les parfums deviennent des produits “courants”. Le côté unique et magique de la parfumerie se perd.

A partir des années 1980, l’expression d’industrie du parfum prend tout son sens : les lancements de nouveaux parfums se multiplient. Les grands succès se vendent à des millions d’exemplaires. Et petit à petit, les parfums se font de moins en moins audacieux. Ainsi, les maisons ont régulièrement recours à de multiples tests consommateurs afin de s’assurer, en amont du lancement, que l’odeur plaira au plus grand nombre. Les parfums qui surprennent, voire qui choque, ne sont plus jugés assez sûrs commercialement.

Par ailleurs, pour améliorer la rentabilité de parfums vendus par millions, on revoit régulièrement l’ensemble du produit pour baisser son coût de fabrication. On met davantage de matières premières synthétiques de qualité moyenne, on concentre moins les jus… Et pour les flacons, on aura tendance à choisir des composants moins chers, moins précieux…


La parfumerie standard

La parfumerie dite “standard” a véritablement émergé avec les parfums de créateurs de mode tels que Dior ou Chanel. Gabrielle Chanel fut la pionnière en créant son fameux n°5.

A l’origine, l’idée n’émerge pas tant du parfumeur que du créateur qui souhaite compléter la toilette de sa cliente, mais aussi accéder à un nouveau marché. En effet, un flacon de parfum d’une grande marque est plus accessible qu’une pièce de prêt-à-porter.

Les parfums deviennent alors des objets de grande consommation, une sorte de “luxe du quotidien”. Ils sont produits à de nombreux exemplaires et rendus extrêmement populaires à coup de grandes campagnes de pub incarnées par les plus grandes stars de cinéma.

L’argent dépensé pour ces lignes de parfum passe de plus en plus sur la publicité plutôt que dans le produit. Et peu à peu, ces publicités créent des modes irrésistibles qui font que bientôt, on peut croiser 3 personnes dans la journée portant le même parfum…

Enfin, les distributeurs (grandes parfumeries et magasins de beauté) coûtent cher aux marques aussi! En effet, ces enseignes doivent prendre une marge aux marques sur le prix réel de leurs produits. C’est cette marque qui leur permet de payer leur loyer, les salaires des vendeurs… Mais cela est également une problématique que rencontrent les marques confidentielles. A défaut d’être distribuées dans des parfumeries, elles ont leur propre magasin à entretenir. Et cela représente un nouveau surcoût pour le client final (nécessaire avant l’avènement de la vente en ligne).


Le parfum de niche ou la révolte des parfumeurs

C’est alors que quelques créateurs amoureux du parfums vont lancer leurs propres maisons avec pour mission de ré-enchanter l’art sublime de la parfumerie! Les maisons de créateurs comme Annick Goutal ou Serge Lutens par exemple, renouent avec une perception de la parfumerie plus qualitative. Et donnent la priorité à la créativité olfactive!

Cette nouvelle parfumerie connaît un véritable succès et de nombreuses nouvelles maisons indépendantes sont créées dans les années 2000. Aujourd’hui, c’est le secteur de la parfumerie qui se porte le mieux, comme en témoigne la quantité de nouvelles marques qui exposent chaque année à Pitti Fragranze (salon international de la niche à Florence).

Ce triomphe de la niche attire petit à petit les grandes marques qui se mettent à leur tour à proposer des lignes différenciées de parfums plus exclusifs. Ces lignes “privées” “exclusives” etc se différencient de leurs lignes de parfums standards par le look, leur prix, et leur distribution. Mais plus précisément, quelle est la différence entre parfum de niche et parfum standard?


Le réenchantement du parfum au coeur du projet

Avant tout, la parfumerie de niche c’est une approche différente du parfum. En effet, on ne cherche pas à plaire à tout le monde comme en parfumerie standard. Cette parfumerie cherche à véhiculer des valeurs d’extrême qualité et d’authenticité. Les parfumeurs cherchent donc avant tout à proposer une expérience olfactive singulière. Ainsi, ils composent des mariages à partir d’ingrédients nobles, naturels et originaux.

Les marques de niche visent à créer des parfums considérés comme de réels objets de luxe, justifiant ainsi leur prix plus élevé. La priorité de ces maisons est de proposer des signatures olfactives uniques dans des flacons précieux aux détails soignés. Ce qui signe en quelque sorte un retour aux sources de la parfumerie.


La place du parfumeur

Par ailleurs, la parfumerie de niche met souvent en lumière (et pour la première fois!) les parfumeurs aussi appelés “Nez”. Un parfum de niche c’est d’abord un parfumeur qui laisse libre court à sa créativité. Grâce à cette porte ouverte sur leur processus créatif, les clients peuvent désormais embarquer pour un véritable voyage olfactif.

Au lieu de parler d’un idéal que le parfum doit vous aider à atteindre (devenir une femme libre, devenir un grand séducteur), le discours retourne aux ingrédients et à la description de sensations olfactives. La niche séduit parce qu’elle stimule l’imaginaire et réveille chez chacun de nous des émotions et des souvenirs.

Ensuite, comme la qualité artistique du jus est à la source du succès d’un parfum de niche, les parfumeurs misent tout sur les ingrédients. En effet, cette parfumerie ne mise pas sur le packaging ou le marketing à outrance mais préfère réserver son budget au jus. Pour créer des parfums destinés à la niche, les parfumeurs utilisent de préférence des matières premières nobles, qu’elles soient synthétiques ou naturelles. De plus, la rareté des ingrédients et la concentration généreuse en parfum justifie le prix plus élevé.


No gender

A l’heure du “No gender“, les parfums de niche s’affranchissent des conventions. Les frontières entre le masculin et le féminin s’effacent afin que les personnalités de chacun s’expriment. La quête d’émotions prime sur le genre. Les parfums genrés sont effectivement une création récente (XXe siècle!), car en réalité, les parfums peuvent être appréciés et portés par homme ou femme confondus. Tout dépend plutôt des goûts de chacun.

En effet, quelle femme n’a jamais été attiré par des notes boisées ou de cuir ? Or la parfumerie de niche a très tôt su proposer une vision plus libre et moderne du parfum, en s’opposant à l’approche marketing très genrée des parfums standards.

De fait, dans la niche les flacons sont souvent neutres et les mêmes pour toutes les références : seuls les noms changent. Et ceux-ci décrivent plus le jus et ses ingrédients qu’un archétype à incarner.

37 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout